sommaire


Les livres qui ont changé ma vie
« Peu de livres changent une vie. Quand ils la changent, c’est pour toujours, des portes s’ouvrent que l’on ne soupçonnait pas, on entre et on ne reviendra plus en arrière. »  - Christian Bobin

Bertrand Vergely
Philosophe et homme de foi, Bertrand Vergely enseigne en classe préparatoire aux grandes écoles et à l'Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge.  Il est l’auteur de nombreux livres.

« On ne peut rien comprendre au drame que traverse l’humanité si notre vision du monde n’est qu’objective, sociale, technique ; ou si nous pensons que l’homme est uniquement un produit de la matière, de l’évolution animale ou de l’histoire. Quand nous sommes face à barbarie, à son déchaînement, comme la Shoah ou le terrorisme, aucune cause rationnelle – économique, sociale, ou politique – ne permet d’expliquer l’irrationalité du mal.
Lorsque l’homme libère son cœur, il sort de l’enfer. Mais s’il est prisonnier de ses passions, il entraîne le monde en enfer. Grâce à Dostoïevski, j’ai mieux compris mon époque. D’autres romans apportaient des réponses sur la condition humaine, notamment Les Chemins de la liberté de Jean-Paul Sartre, La Condition humaine d’André Malraux, ou encore L’Homme révolté d’Albert Camus. Malraux réfléchissait à l’impasse de la révolution, Camus à la nécessité de l’engagement, et Sartre au sens de la responsabilité. Ces réponses séduisantes captaient le monde, mais Dostoïevski me donnait l’impression d’aller plus loin. J’avais grandi dans la religion orthodoxe, j’allais à l’église, j’étais nourri par la liturgie, et Dostoïevski était une continuité à cette éducation spirituelle. Il m’accompagnait dans mes interrogations sur Dieu, l’humanité, l’évolution, le christianisme, la destinée de l’homme... Je sentais qu’il y avait quelque chose de plus profond que la révolte ou l’engagement politique. Dostoïevski me disait : « Va dans la profondeur de toi-même et tu seras ensuite capable d’être bénéfique pour le monde. »