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Edito La chance de la grande rencontre
par Alain Chevillat


Je me souviens quand, il y a bien longtemps, j’ai enfourché un vélo pour la première fois. Je n’étais pas rassuré du tout, mais j’avais mon parrain qui tenait l’arrière de la selle et m’aidait à garder l’équilibre. Et un jour, après plusieurs sorties, j’ai découvert qu’il ne tenait plus la selle, que je roulais seul. J’étais si heureux ! Mon parrain m’avait appris à faire du vélo.
Bien des années plus tard, je me suis passionné pour les oiseaux dans la nature sauvage. Avec un bon livre, j’avais appris à les reconnaître quand je les voyais. De bonnes jumelles aidaient à cela. Mais reconnaître leur chant, les reconnaître à la voix, dans les feuillages denses du printemps, était beaucoup plus difficile.
Un dimanche, je suis sorti avec un camarade beaucoup plus chevronné. Je me souviens bien de cette première « leçon ». On sort de la gare, et un oiseau chante.
« C’est quoi », me demande-t-il ?
Je ne sais pas.
« Un rouge-queue noir. Ils nichent souvent dans les anfractuosités des pierres, soit des rochers, soit des maisons. »
Un autre oiseau lance sa ritournelle. « Et lui, me demande-t-il ? »
Je ne sais pas davantage.
« C’est un rouge-gorge. C’est très spécial. Écoute-le bien, et tu le reconnaîtras tout de suite, après. »
C’est ainsi que j’ai eu mes premiers cours sur les chants d’oiseaux.
Si on y regarde bien, tout au long de notre vie nous avons trouvé des personnes qui nous ont aidés à apprendre, qui nous ont guidés. Il en est ainsi partout. On peut apprendre un peu tout seul, mais ce n’est pas la norme.
André Stern, cet homme qui n’est jamais allé à l’école, raconte dans son autobiographie comment un jour il a vu travailler un luthier et a eu envie de fabriquer lui-même des guitares. Il lui a demandé d’apprendre avec lui. Le luthier a dit oui, et il s’est mis à son école.

Dans la vie, il y a une chose subtile qu’on a tous besoin d’apprendre, mais dont on parle peu. C’est « l’art de vivre ». Car il y a des choses secrètes au cœur de l’être humain, qu’on ne découvre pas facilement, et encore moins si on les cherche seul. L’Homme est d’essence divine, mais il ne le découvre que lors de circonstances exceptionnelles. C’est alors tellement extraordinaire qu’il ne l’oublie pas, et cherche toujours à le retrouver pour le vivre plus longuement et plus intensément.
Cet amour, cette liberté, cette paix qu’on a vécus si pleinement, comment les retrouver ?
Pour cela aussi, il faut un guide, il faut un maître. Mais, si pour apprendre à faire une guitare il faut trouver un bon luthier, pour retrouver en soi un amour qui transfigure, un sentiment de profonde liberté même si l’on est enchaîné, il faut trouver quelqu’un qui connaît bien ces domaines-là. C’est ce qu’on appelle un Maître spirituel.
Le Maître spirituel connaît le fond de la nature humaine, les racines de la vie humaine, la substance essentielle de l’être humain, qui est sa dimension divine. Le Maître spirituel a retrouvé sa nature divine et s’y est fondu. Le Maître spirituel a acquis la pleine nature divine, qui est ce que cherche tout humain qui a soif, soif de la vraie Vie. Et c’est pourquoi le Maître spirituel peut guider tout être humain qui a cette soif.
Sa guidance va être particulière, adaptée à ce qui est cherché. Une recherche spirituelle ne peut être guidée que par une personne imprégnée de spiritualité, et par des méthodes qui appartiennent à la spiritualité. On est là dans un autre monde, le monde de la spiritualité, et c’est pourquoi l’homme ordinaire ne peut pas comprendre. On est là dans une autre dimension, la quatrième dimension de la vie.
L’approfondissement, l’accomplissement spirituel est l’ultime achèvement d’une vie. Il faut d’abord en avoir le désir, puis le Maître apparaît. Souvent on ne le cherche pas car on ne peut même pas l’imaginer. Il se révèle, et une relation se noue, dont on dit que c’est la plus forte, la plus profonde de la vie. Tous ceux qui la connaissent le disent.

Ce numéro de la revue a choisi de vous proposer des partages de personnes qui ont eu la chance de cette rencontre, et qui en témoignent en toute simplicité : « Voilà comment cela s’est passé pour moi. »
C’est bon à lire, parce que cela rencontre notre propre soif, et attise notre Grand Désir.