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Burn-out et acédie
S’éveiller au « mieux se donner »
Entretien avec Pascal Ide


Après des études de médecine, Pascal Ide opte pour la prêtrise et s'engage dans la communauté de l'Emmanuel. Il est aujourd’hui médecin et prêtre catholique du diocèse de Paris. Il est l’auteur d’une vingtaine de livres, notamment de théologie, de philosophie et de psychologie.

Comment une personne qui traverse un burn-out peut-elle réveiller la vie en elle ?

La première étape est de reconnaître que nous nous épuisons parce que nous donnons sans nous ressourcer assez. Dans son ouvrage Donnant donnant, Adam Grant montre que les personnes qui ne font que se donner sans penser à elles sont moins efficaces que celles qui se donnent en pensant aussi à elles. Il est donc important de conjuguer la générosité avec une juste relation à soi. Je pense à ce prêtre fier de me dire qu’il n’avait pris que quatre jours de vrai repos pendant ses dernières vacances ; dix mois plus tard, il a fait un burn-out qui l’a obligé à s’arrêter pendant deux ans.
La deuxième étape est d’observer si nous intériorisons les dons que nous avons reçus, si nous gardons en mémoire les signes de reconnaissance. Je constate que, souvent, le problème n’est pas de savoir si j’ai reçu, mais si je ne suis pas un tonneau des Danaïdes qui fuit de toute part ! En revanche, si nous prenons le temps d’apprécier les dons qui nous sont offerts, notre réservoir intérieur se remplit. Assurément, il y a des managements inhumains, des employeurs qui n’expriment jamais une parole de remerciement à leurs salariés. Il est d’autant plus important de s’interroger : est-ce que je reste à ce poste toxique qui me consume à petit feu (burn-out vient de « se brûler ») ? Si je décide de rester, quels seront mes lieux de ressourcement ?
La troisième vigilance concerne la manière de donner. Un critère est assuré : lorsque le don est uniquement tourné vers l’autre, pour l’autre, il n’est jamais mélangé de tristesse. Altruiste, le don ne nous épuise pas, il nous réjouit. En revanche, si après un acte de générosité, nous ressentons un goût de cendre dans la bouche, c’est que souvent nous en attendions secrètement un retour. Et cette attente peut engendrer un ressentiment. Or, entretenue, la rancœur se transforme en cynisme et fait le lit du burn-out. Ajoutons que ressentir de la joie à donner ne rend pas pour autant le don intéressé ou égoïste. Car cette joie n’est pas voulue pour elle-même, elle survient comme un surcroît. En agissant ainsi, « on brûle sans se brûler », disait Jean de la Croix.