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Un surgissement, un rien m’éveille au Vivant !
Entretien avec Lytta Basset


Pasteur de l'Église réformée à Genève, Lytta Basset a enseigné la théologie pratique, l’accompagnement spirituel, le dialogue pastoral et les quêtes de sens à l'Université de Neuchâtel. Elle a dirigé pendant dix ans La Chair et le Souffle, la revue internationale de théologie et de spiritualité de cette même université. Elle est l'auteur de nombreux ouvrages de spiritualité qui ont connu un grand succès.

Qu’est-ce qui s’endort parfois en vous ? Et qu’est-ce qui vous permet de vous réveiller ?

Je m’endors quand je considère les choses comme un dû. Par exemple, dans la relation affective, lorsque je ne m’étonne plus que mon conjoint soit encore là après tant d’années, ou qu’une belle amitié dure. Il en va de même avec la santé. Dès que nous tombons gravement malades, nous réalisons que nous considérions la santé comme un état normal et durable. Les événements se chargent de nous réveiller ! Pour moi, la mort de notre fils Samuel m’a rendu infiniment plus attentive et émerveillée par la présence de mes proches. Avant ce tsunami, je trouvais tout à fait normal qu’ils soient vivants. Aujourd’hui, je vis leur présence comme un miracle. J’ai pris conscience de la précarité de la vie. Rien n’est gravé dans le marbre pour toujours. Cette réalité accroît ma capacité d’émerveillement et de reconnaissance. Si je reste centrée sur ce que la vie devrait être, je ne serai jamais dans un esprit d’éveil. J’ai la même attitude vis-à-vis du spirituel, car Dieu – ou le Vivant – ne me doit rien. Ce sentiment que rien ne m’est dû m’habite très profondément. C’est une autre façon de dire que tout ce qui nous arrive est un cadeau. Une amitié forte, un grand amour, le souvenir de la qualité de présence d’un proche absent… sont des dons sacrés dont nous ne mesurons pas assez la beauté à cause de l’engourdissement dans lequel nous sommes.