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Les chemins de l’écopsychologie
Nous réunifier avec le vivant
par Michel Maxime Egger

Sociologue et écothéologien, Michel Maxime Egger a créé en 2016 un laboratoire de la « transition intérieure » à l’ONG suisse Pain pour le prochain, avec comme accent l’écospiritualité et l’écopsychologie. Dans la même veine, il anime le réseau www.trilogies.org qui met en dialogue traditions spirituelles et grands enjeux de notre temps.

La Terre sue, pleure, crie, mais nous peinons à l’entendre. La crise écologique n’est pas qu’une mauvaise passe à traverser. Elle est l’expression d’un bouleversement systémique qui interroge les fondements mêmes de notre être et de nos comportements, en tant qu’individu et espèce. Elle manifeste l’impasse du système socio-économique dominant : un mode de développement croissanciste, productiviste et consumériste qui se heurte aujourd’hui aux limites de la biosphère et de l’être humain. L’humanité est à la croisée des chemins. Joanna Macy, l’une des grandes figures de l’écopsychologie américaine, parle à cet égard d’« incertitude radicale ». Elle montre que trois réactions ou « histoires » sont possibles :
• Le « business as usual ». Grâce à son intelligence et à la technologie, l’être humain finira bien par trouver des solutions aux problèmes dont la gravité doit être relativisée. Nul besoin donc de revoir notre mode de vie et de développement. C’est le scénario du déni, qui correspond au discours politique dominant.
• La « grande désagrégation ». Nous prenons passivement conscience des désastres écologiques, climatiques et sociaux auxquels le business as usual conduit. Avec souvent le découragement, l’impuissance et la peur en prime, qui font le lit des populismes et autres « trumperies » en vogue.
• Le « changement de cap ». Nous nous engageons – au plan collectif et personnel – pour la transition d’un système de démesure autodestructrice vers une société de sobriété qui respecte et célèbre le vivant, car fondée sur une harmonie retrouvée entre l’espèce humaine et la biosphère. C’est pour Joanna Macy l’« aventure essentielle » du temps présent.
D’où la question, fondamentale, qui nous est posée : « Et moi, dans quelle histoire est-ce que je me situe et, plus encore, dans laquelle est-ce que je désire être ? »