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Le tag sur le mur : Sorcière égarée dans un monde sans magie

« Les terroristes exploitent
le besoin de spiritualité auquel nos sociétés ne répondent plus »
Entretien avec Roland Gori


Roland Gori est psychanalyste et professeur émérite de psychopathologie clinique à l’Université d’Aix-Marseille. Il a initié en 2009 l’Appel des appels, une coordination de mouvements issus des secteurs du soin, de l’éducation, de la justice, de la recherche, du travail social et de la culture dont le but était d’appeler à une insurrection des consciences en fédérant les acteurs qui dénonçaient l’idéologie néolibérale et la marchandisation du monde. Il montre dans son dernier livre, Un monde sans esprit, que les terrorismes, ce qu’il nomme les théofascismes, « exploitent le vide moral et culturel » sur lequel le néolibéralisme s’est construit.

"…L’expression « un monde sans esprit » est empruntée à Marx. Il disait de la religion qu’elle était l’expression de la misère matérielle et la protestation contre cette misère. Qu’elle était « l’esprit dans un monde sans esprit, l’âme d’un monde sans âme, le cœur d’un monde sans cœur », et il ajoutait : « la religion est l’opium du peuple ». Les djihadistes et autres théofascistes s’emploient aujourd’hui à transformer les humains en automates et en outils de mort, mais dans leurs rhétoriques de propagande ils insistent sur le spirituel, le fraternel, les idéaux, comme les nazis avant eux. Les terrorismes sont des nihilismes. Les nihilistes ont besoin d’idoles. La révolution symboliste contre-révolutionnaire, obscurantiste et réactionnaire qu’ils mènent témoigne de la crise de notre culture globalisée. On ne peut pas dissocier la monstruosité de ces terroristes nihilistes de celle, beaucoup plus dissimulée, des institutions et des dispositifs néolibéraux.
Roland Barthes soulignait que le vrai nihilisme est recouvert par les institutions qui s’en inspirent. Les totalitaristes, salafistes et djihadistes sont, d’une certaine manière, solidaires du totalitarisme, du techno-fascisme et de la religion du marché que véhicule notre monde contemporain en crise.
Ces mouvements, qui naissent dans le clair-obscur de cette crise culturelle globalisée, exploitent tous ce besoin de spiritualité auquel nos sociétés ne répondent plus suffisamment. "