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Vers un réveil international...
Entretien avec Valérie Cabanes


Le dérèglement climatique, écologique et géologique en cours menace aujourd’hui les droits les plus fondamentaux – le droit à la vie, à la santé, à l’eau, à l’alimentation et à l’habitat – qui ne sont plus correctement protégés par le droit international. Juriste en droit international, spécialisée dans les droits de l’homme, Valérie Cabanes en appelle à une métamorphose de celui-ci autour d’une valeur pivot : l’écosystème Terre. Elle réclame la reconnaissance du crime d’écocide (du grec oïkos, maison, et du latin occidere, tuer) qui est le fait de détruire la planète Terre. Ce crime n’étant aujourd’hui ni défini ni reconnu en droit international, les millions de victimes de la pénurie alimentaire, de la sécheresse et de la montée des eaux sont dans l’incapacité de poursuivre les principaux coupables du changement climatique et de la destruction de la biosphère. La reconnaissance du crime d’écocide permettrait, insiste-t-elle, de lever l’impunité des multinationales et des chefs d’État.

À quand remonte votre prise de conscience que les hommes étaient en train de détruire la Terre, leur maison commune ?

J’ai commencé par travailler dans des ONG avant d’entreprendre des études de droit. À l’âge de vingt ans, j’étais sur le terrain. J’ai passé deux années au Burkina-Faso, deux années à la frontière entre le Pakistan et l’Afghanistan, un an en Ouganda et un an au Cambodge. J’ai ensuite dirigé des programmes de lutte contre l’exploitation de l’enfant au Maroc et au Népal. J’ai entamé mes études de droit après l’âge de trente ans et me suis spécialisée dans les droits humains et les droits des peuples autochtones.