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Réveil et endormissement dans les contes de fées
Entretien avec Sabine Dewulf


Sabine Dewulf est docteur ès lettres, écrivain et psychanalyste rêve-éveillé, formée à l’Institut du Transpersonnel de Paris. Spécialiste du poète Jules Supervielle, elle a publié différents essais sur la littérature poétique. Passionnée par les sagesses des différentes traditions, les symboles, l'histoire de l'art et la poésie, elle explore les liens qui unissent la littérature et la spiritualité.

Le prince et la princesse sont des figures emblématiques de l’univers des contes. Parfois le prince sort sa promise de l’endormissement. Pourriez-vous nous parler de  l’importance de l’amour et du rôle du baiser comme occasion de réveil ?

Dans les contes, on observe que l’endormissement concerne souvent les personnages féminins, les princesses, comme dans la Belle au bois dormant ou Blanche-Neige. L’héroïne peut être le symbole de l’âme ou de la connaissance cachée. Si cette dernière s’endort, elle est à rechercher au plus profond de soi. Quant au baiser du prince, en réalité, il est assez anecdotique. Ce baiser existe bien dans la Belle au bois dormant de Grimm, en revanche, dans la version de Perrault, le prince se contente d’adresser un regard à la belle. D’ailleurs, ce n’est pas ce regard qui réveille la princesse ; la véritable cause du réveil, nous dit le conte, n’est autre que la fin naturelle de l’enchantement. Dans la version cinématographique de Blanche-Neige, c’est Walt Disney qui a imaginé le baiser, alors que dans le conte de Grimm le prince réveille la princesse lorsqu’il bute sur une racine en portant le cercueil de verre. Plus que le baiser, ce qui est important, c’est la rencontre du prince et de la princesse. Si l’on considère que le prince est le symbole de l’esprit (notre aspiration divine), et la princesse celui de l’âme (notre psyché), le réveil se produit au moment de cette alliance entre l’esprit et l’âme. Je pense qu’il n’est pas nécessaire de trop s’attarder sur l’aspect proprement psychologique et humain des contes de fées. Il s’agit en réalité de quelque chose de beaucoup plus profond. Jacqueline Kelen le montre très bien dans ses analyses de contes. Pour elle, le conte se déroule dans un autre monde que le nôtre. Elle explique, par exemple, qu’à l’origine la perspective d’enfantement et de générations qui se perpétuent n’existe pas ; et que si on la retrouve à la fin des contes dans la formule « Ils se marièrent, vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants », il s’agit en réalité d’adaptations destinées aux enfants. Le mariage vient sceller un accomplissement intérieur.