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L’urgence, c’est les jeunes
par Stan Rougier

Stan Rougier a passé toute sa vie de prêtre (quarante-quatre ans) auprès des jeunes. Il garde comme un trésor tous les partages, toutes les émotions et les confidences glanés au cours de ces instants parmi eux. Quelque chose lui reste, dans son langage, dans la manière dont il prend sa guitare pour chanter dans la foule comme il le ferait près d’un feu de bois, de cet âge compris entre quinze et vingt-cinq ans.
Il dit de cette période qu’elle est capitale : « C’est là que chacun de nous s’est choisi, sans forcément avoir les meilleures clés pour le faire. » Ce sont quelques-unes de ces clés, qu’il a inlassablement essayé de donner, qu’il évoque ici, ajoutant qu’à l’heure de sa mort, il n’aura qu’un regret : que l’aventure au contact des jeunes ne dure pas encore un peu.



La jeunesse est une période où l’on ne s’est pas encore fabriqué une peau de rhinocéros. Dans un monde où l’amour est raréfié, où l’on arrive avec notre innocence et notre naïveté, et où les déceptions, les humiliations, les « coups du sort » nous atteignent de plein fouet, on est malheureusement souvent obligé, un jour ou l’autre, de s’en confectionner une, pour pouvoir tenir bon dans l’existence.
Oui, c’est de cela dont il s’agit : comment gérer la vie dans un lieu où l’on ne pourra exister grandeur nature que dans la mesure où l’on est aimé ? Où l’on se sent aimé. On va s’apercevoir, petit à petit, que l’amour, il faut le donner soi-même et ne pas rester à l’attendre. Il faudra également comprendre qu’il y a là un art d’accueillir ce qui nous est donné, sans vouloir prendre ce que l’on ne nous offre pas.
Je donne parfois ce conseil à des jeunes qui se sentent mal aimés ou mal compris : « Écris à tes parents une longue lettre, tu vas peut-être la faire en six mois et la réécrire quinze fois, mais dis-leur qui tu es et ce que tu attends d’eux. » Et à leurs parents je suggère : « Rappelez-vous, quand vous aviez quinze ans, ce que vous étiez ! N’est-ce pas ce que vous reprochez à vos enfants aujourd’hui ? »